L’histoire de Gilles

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Gilles a 21 ans et est étudiant.

Ses amis le décrivent comme étant quelqu’un d’ouvert, qui aime apprendre et un peu timide.

Un jour, alors qu’il rentre chez lui, il passe par cette ruelle qu’il a l’habitude d’emprunter pour arriver à son appartement.

Il est tard et la pluie commence à tomber.

En temps normal, la lampe qui éclaire la rue fonctionne.

Mais pas ce soir.

Et puis il y a un gars, appuyé contre le mur, au loin. Capuche sur le visage, les mains dans les poches, il regarde le sol.

“Pas grave, pas de quoi s’affoler” se dit Gilles.

Il continue à avancer.

Mais le mec au bout de la ruelle bouge. Il se tourne vers Gilles et se redresse.

Pas moyen de voir son visage.

Il vient vers lui.

Gilles tressaille. Une petite voix dans sa tête lui dit de tourner les talons mais il l’ignore. Il a à peine le temps de se demander quoi faire que le gars est devant lui. Il l’attrape par le col.

DONNE TON PORTEFEUILLE ET TON TELEPHONE !” hurle-t-il.

Gilles panique. Son coeur bat à 200 à l’heure. Ses mains tremblent et il n’arrive plus à prononcer un mot.

Il voudrait agir mais cela parait impossible. Il ne sait pas quoi faire. Son corps est figé.

ALLEZ, DÉPÊCHE-TOI !” crie le gars.

Gilles finit par glisser ses mains tremblantes dans la poche gauche de son pantalon, en sort son téléphone et le donne à son agresseur.

PORTEFEUILLE !” aboie ce dernier en rapprochant sa tête.

Son front touche celui de Gilles.

“Je… Je… Je ne l’ai pas avec moi…” balbutie ce dernier.

BOUM.

Sa tête heurte quelque chose et le sonne quelques secondes. Son agresseur l’a projeté contre le mur derrière lui et a pris la fuite en courant.

5 années s’écoulent…

Gilles se sent bien.

Après cette agression, Gilles était en colère. Pas contre le gars qui lui a dérobé son téléphone.

Non, Gilles était en colère contre lui-même.

Toutes ces fois où il s’est imaginé dans une situation similaire et il allait agir de telle ou telle façon.

Effectuer tel mouvement, comme dans un film ou cette technique de “self-défense” qu’il avait vu passer sur YouTube, expliquée par un gars qui avait totalisé 1.73 millions de vues…

Sauf que, ce soir-là, en quelques secondes, Gilles a été rattrapé par la réalité.

Cette réalité où n’importe quel idiot arborant un treillis militaire tente de t’apprendre des techniques de clés ou de points de pression “pour gagner un combat à tous les coups”, quitte à vivre dans le fantasme.

Cette réalité qui lui a fait comprendre que son corps l’a lâché à un moment critique.

Cette réalité où il a délibérément décidé de ne pas écouter son instinct, alors que celui-ci lui criait de s’enfuir devant un danger.

Mais si Gilles se sent bien aujourd’hui, ce n’est pas par hasard.

Quelques semaines après son agression, il a décidé de prendre des cours de self-défense pour apprendre à réagir correctement et ne plus se laisser submerger par le stress.

C’était au mois de septembre. En se promenant sur Instagram, son regard est attiré par une publicité.

Des cours de Krav Maga.

D’habitude, Gilles ne se laisse pas influencer par les publicités. Pourtant, il se laisse tenter.

Quelques clics plus tard, Gilles a réservé un appel téléphonique. Celui-ci se passe bien et le mec de l’autre côté du combiné lui propose de venir tester une séance.

“Il faut essayer pour voir réellement ce que c’est” dit-il.

“C’est gratuit, j’ai rien à perdre”, se dit Gilles.

Il réserve son cours d’essai.

Le premier cours se passe très bien.

Gilles est conquis.

Rien à voir avec ce qu’il avait imaginé.

En prime, il s’est bien amusé et a appris des techniques qu’il a pu mettre en pratique dès sa première heure de cours.

Retour au présent.

Après 5 ans de pratiques, Gilles se prépare à passer son dernier grade G.

Prochaine étape, Expert 1. Ou ceinture noire 1er dan.

Oui, Gilles est obligé d’expliquer à ses potes à quelle ceinture correspondent les grades en Krav Maga.

Mais il leur rappelle aussi que ce n’est pas le grade ou la ceinture qui est important. Celle-ci ne se défendra pas à sa place en cas d’agression.

Ce qui importe, c’est le conditionnement et l’entraînement.

Il y a énormément de choses que Gilles doit expliquer à ses potes.

Comme par exemple, que ce qu’on voit sur internet ou à la télé est à des années lumières de la réalité.

Ou comment le cerveau et le corps humain réagissent en cas de stress.

La montée d’adrénaline. Les mains qui tremblent. L’impossibilité de réagir si on n’est pas correctement entraîné.

Et surtout, cette sensation qui traverse la colonne vertébrale en cas de conflit puis qui prend aux tripes.

Toutes ces heures passées à l’entraînement pour se perfectionner. Tous ces bouquins passés au crible pour comprendre les traumas et les schémas d’agression.

Gilles doit leur expliquer comment il a appris à gérer ça et à quel point il se sent désormais serein.

Alors oui, il y a toujours ce pote chiant.

Celui qui ne croit en rien. Persuadé que “le MMA c’est mieux !”.

Mais au final, Gilles s’en fout.

Parce que ce pote chiant, il reste assis dans son canapé à manger des chips et se plaindre de sa vie. Et il donne son avis sur tout.

Gilles s’en fout.

Pas besoin de vouloir se faire passer pour un guerrier, le mec fort, celui qu’on voit dans les films.

Gilles sait très bien que c’est un délire d’ado attardé drogué à TikTok ou Instagram.

Gilles s’en fout.

Gilles se sent bien.